Stigmatisation: interview de M-Odile Meyer, présidente déléguée Unafam 13

 

Le juste mot … question d’éthique

« Le gouvernement schizophrène », « le surdoué psychotique », « le nounours psychopathe », autant de gros titres de Presse qui emploient à la légère ces termes lourds de sens. Les victimes en sont d’abord ceux qui souffrent de ces pathologies.

« On n’est pas schizophrène, on a une schizophrénie, c’est une maladie » insiste Marie-Odile Meyer, présidente de l’Union Nationale des Amis et Familles de Malades Psychiques à Marseille. Cette nuance est souvent négligée par les journalistes. Et pourtant dans d’autres domaines, elle est devenue évidence: « on ne parle pas des Sidaïques par exemple ». L’UNAFAM lutte contre la stigmatisation des personnes souffrant de troubles psychiques avec le souci d’informer le public pour «  sortir de cette fausse image qui véhicule trop souvent  la peur ».

Selon Mme Meyer, les médias et surtout certains journaux et chaînes de télévision entretiennent cette mise à l’écart des personnes malades. Les faits divers sanglants sont très souvent associés aux troubles mentaux, alors que seulement 0,4% des crimes sont commis par des personnes malades psychiques. Les journaux oublient aussi de dire que les criminels malades sont généralement sortis du système de soins et ne prennent plus leur traitement.

Ces dernières années, les médias semblent surfer sur la « vague sécuritaire » en surexposant des faits divers. Exemple: l’histoire de « Joël Gaillard », patient de l’hôpital d’Edouard Toulouse, qui s’était echappé en 2008 parce qu’on lui avait refusé une permission de Noël au dernier moment. Un mois auparavant, le meurtre d’un étudiant à Grenoble, commis par un patient d’un hôpital psychiatrique voisin, avait fait les gros titres. Marie-Odile Meyer dénonce un déchaînement des médias à ce moment là, accentuant la « peur du malade » dans l’esprit des gens. Les bénévoles de l’UNAFAM, tous parents d’enfants ayant des troubles psychiques, s’en souviennent. « C’était la période de Noël. Nous avions nos enfants chez nous et étions obligés d’éteindre la télévision au moment des informations. Si nos enfants réalisaient comme ils sont vus… »

Les amalgames faits dans la Presse et à la télévision amènent à des généralisations abusives et font croire que toutes les personnes souffrant de troubles psychiques graves sont violentes et dangereuses.  « La télévision ne montre que les côtés négatifs. Rares sont les sujets qui parlent de l’intégration dans le monde du travail par exemple. ». Le spectaculaire fait vendre évidemment. Des termes comme « schizophrène » ou « psychopathe » sont employés à la légère, bien qu’il s’agisse de diagnostics médicaux. Les personnes malades vivent difficilement cet acharnement médiatique. La présidente de l’UNAFAM rappelle que le risque suicidaire chez ces personnes se situe entre 10 et 15%.

Pour Marie-Odile Meyer, la presse doit sensibiliser le public à la souffrance des malades. « Il faut en parler de façon positive, comme on l’a fait pour la dépression et pour l’alcoolisme », conclut-elle.

Marc Oeynhaussen (EJCM)

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