Grands –Parents : des charges complexes

A l’occasion de la SISM 2018, Martine Houlier a présenté cette intervention à la journée des adhérents. Des extraits ont été publiés dans le Trait d’Union de Juin 2018, bulletin de la délégation 13. Vous pouvez lire l’intervention complète ci-dessous

Grands –Parents : des charges complexes.

Le thème de la SISM 2018: « Santé mentale : parentalité et enfance » nous donne l’occasion d’aborder un sujet longtemps occulté, le devenir-parent des malades psychiques et par là, le devenir-grands-parents des familles qui accompagnent ces patients.

La parentalité des malades psychiques est un projet de vie qui mérite un soutien pluridisciplinaire continu, et des relations de confiance entre tous les partenaires, un réel souci de prévention .

En France actuellement, il y a des personnes malades qui ne bénéficient d’aucun soutien à leurs compétences parentales, il y a des enfants qui ne sont pas suivis préventivement, il y a des grands-parents en grandes difficultés, isolés sur le territoire.

« Grands-parents : des charges complexes… », je dirais plutôt des charges, des responsabilités nombreuses, ce qui est complexe c’est de pouvoir, savoir les articuler.

Ce qui est complexe c’est de gérer une double position : rester le soutien de son enfant, et veiller sur le petit enfant ; éprouver une sorte de déchirement entre les différents rôles à tenir, et parvenir à rester à sa juste place. L’Aide naturelle des grands-parents se heurte alors à des dimensions qui peuvent nous dépasser.

Depuis 2006, s’est constitué à l’UNAFAM, un réseau de bénévoles et d’adhérents en Ile de France, qui ont eu besoin de se rassembler pour évoquer leurs situations et les problèmes inhérents à cette particularité : entre 2006 et 2008 plusieurs groupes se sont créés dans différentes villes françaises.

A ce jour, à ma connaissance, il existe un groupe en Ile de France, un groupe à Nîmes, un groupe à Angers et à Marseille, depuis 2 ans, nous essayons de faire vivre un groupe, avec difficultés, mais peut être qu’à l’issue de cette SISM, nous aurons l’opportunité d’accueillir d’autres personnes. Je le souhaite, car nous avons besoin d’éviter l’isolement, et partager notre expérience et des informations. En Ile de France, une centaine de personnes ont été accueillies au moins une fois.

Le résultat d’un questionnaire envoyé en 2007, faisait état de plus de 150 grands-parents UNAFAM, concernés par plus de 200 enfants . On peut parier que ce nombre est bien supérieur aujourd’hui mais nous manquons d’études sur ce sujet

Réunions, participation à des colloques, témoignages dans des organismes de formation, ce réseau essaie de sensibiliser sur les besoins de soutien particulier que nécessitent ces familles .

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Dans ce contexte que peut être le rôle des Grands- Parents ?

Il y a tellement de situations différentes, que les questionnements sont multiples :

Beaucoup de ces grands-parents sont devenus des aidants de ces familles fragiles.

Certains se sont vu confier la garde des petits enfants par la justice.

Certains ont un droit de visite, d’autres n’ont pas ce droit.

Un premier constat est que la situation est très différente si nous sommes parents d’un fils ou d’une fille malade.

Pour une fille, se pose la question de l’éventualité d’une IVG, le suivi de la grossesse, la question de l’interruption ou pas du traitement, la crainte de décompensation à l’accouchement, l’inconnu sur la prise en charge du bébé à la naissance.

S’il y a séparation de la mère et du bébé on pense aux conséquences des troubles de l’attachement..

En ce qui concerne les traitements, il y a peu d’études sur les risques iatrogènes des neuroleptiques, et à ce jour peu d’informations sur le nombre d’enfants nés de mères bipolaires ou schizophrènes traitées par dépakine pendant leur grossesse.

Les Unités de soin mère enfant ou Unité Parent bébé sont précieuses mais insuffisamment nombreuses

Quand le trouble psychiatrique de la mère impose qu’on ne lui confie pas le bébé dès la naissance, c’est l’ASE qui prend le relais au nom de la protection de l’enfance et les grands-parents sont souvent écartés de l’entourage de l’enfant, des choix qui sont faits. Leur rôle sera codifié par l’institution judiciaire.

 

Les nombreux thèmes des réunions du groupe d’île de France donnent une idée de la complexité du rôle des grands-parents

Si l’enfant ou les enfants vivent avec leurs parents

Comment ne pas être intrusif ? Comment évaluer le bien fondé de notre soutien et nos limites ?

Jusqu’où et comment accompagner nos enfants et leur conjoint à la parentalité ? Comment aider sans dévaloriser les parents ? Comment être aidés autour de la parentalité de nos enfants ?

Pour une relation de qualité entre nos petits enfants et leurs parents, quel rôle avons-nous à jouer ?

Comment envisager notre relation avec le conjoint ou l’ex-conjoint malade ou pas malade ?

Faire face à la violence possible des parents en présence des enfants.

Comment veiller à la sécurité de nos petits enfants ? Comment intervenir si on sent les petits enfants en danger ?

Comment préserver les enfants qui deviennent les soutiens de leurs parents ?

Si les enfants vivent avec le parent qui n’est pas malade, et que les parents sont séparés, la place des ou du grand-parent est presque ordinaire, il sert alors de médiateur entre les enfants et le parent malade et favorise le lien.

Si l’enfant ou les enfants sont placés

On se retrouve dans un contexte qu’on connait peu : l’ASE, le tribunal pour enfants, des interlocuteurs qui quelquefois connaissent mal les maladies psychiques, ou qui en ont une image caricaturale ou stigmatisante pour le parent et sa famille.

Il faut alors faire valoir les droits des enfants à avoir un lien avec les grands-parents, la famille élargie, obtenir un droit de visite et d’hébergement et ce quelquefois malgré l’hostilité du parent malade.

A noter que les juges du tribunal pour enfants ne sont pas toujours mis au courant par les équipes soignantes de l’état de santé du parent, et qu’il faudrait un lien entre justice et psychiatrie dans ces situations.

Si le grand-parent devient Tiers Digne de Confiance

En quelque sorte on redevient parent d’un petit enfant. Et on exerce alors l’axe de la parentalité que Didier Houzel (psychiatre et psychanalyste) définit comme « l’axe de la pratique de la parentalité » : c’est à dire les soins, la protection, l’éducation….mais, l’affect entre en jeu bien sûr pour les grands- parents .

Comment éviter la confusion des rôles, préserver la parentalité partielle de son enfant ? Toujours d’après Houzel , « celle qui s’exprime par les émotions, le ressenti, les espoirs et les doutes, dimension subjective propre à chaque parent » Le grand-parent qui prend soin d’un enfant au quotidien ne peut pas être en dehors de cet axe de l’expérience de la parentalité. C’est dans cet espace qu’il peut y avoir conflit et que peuvent ressurgir les conflits anciens.

Comment préserver le lien entre l’enfant et son parent? Comment ne pas se sentir tiraillés ?

On peut aussi avoir à faire face aux projections négatives engendrées par la psychose, au fantasme de « rapt » de l’enfant, à celui de maltraitance…

Même si les relations étaient des relations de confiance, même si le dispositif juridique qui règle cette situation a été convenu d’une manière harmonieuse, on n’est jamais à l’abri d’une évolution de la maladie, ou de l’apparition d’une souffrance supplémentaire liée sans doute à l’impossibilité d’élever son enfant.

Si certains de ces enfants présentent des troubles du développement et des apprentissages, des difficultés scolaires, des fragilités, les grands-parents ont alors la charge d’accompagner l’enfant dans un parcours de soin adapté, et se heurtent alors aux manque de structures spécialisées dédiés à l’enfance. Ces situations ont vraiment besoin d’être aidées parce que pour ces familles c’est la deuxième expérience de recherche de suivis, et l’épuisement n’est pas loin. De plus, on reste médiateur entre l’enfant et le parent, et il faut expliquer au parent les difficultés de l’enfant avec le risque de le perturber…

Pour être digne de la confiance qu’on nous fait en nous laissant le soin d’être présent auprès de l’enfant, nous avons besoin d’aide.

Il existe en haute Savoie, un dispositif je crois unique en son genre, et qui pourrait servir de modèle.

C’est l’association RETIS à Thonon les Bains qui a élaboré une réponse en 2011,avec la création d’un service consacré aux Tiers Digne de Confiance, avec une équipe pluridisciplinaire de professionnels ( juriste, psychologue, éducateur, médiatrice familiale)

Ce service propose un soutien aux Tiers, une médiation entre les parents et le Tiers, un suivi du développement de l’enfant. Il s’agit là d’un suivi global d’aide et de soutien.

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D’autres préoccupations sont communes à tous ces grands-parents :

Selon la littérature scientifique, ces enfants sont des sujets à risque, voire à très haut risque quant à la vulnérabilité aux troubles psychiques. Qu’en est-il de la prévention ?

Enfin, pour tous, quelle que soit la situation, il y a cette interrogation constante :

Comment parler de la maladie de leurs parents à nos petits enfants ? Comment répondre à leurs questions pour qu’ils ne se sentent ni abandonnés ni mal aimés ? Est-ce à nous d’en parler ? Sommes-nous les mieux placés ?

Des outils de médiation, des livres existent. Le réseau de l’UNAFAM en a fait la bibliographie mais même avec cette aide nous pouvons nous sentir démunis.

Pourrait-on imaginer une aide professionnelle pour que le parent puisse parler lui-même de sa maladie à son enfant ? Et s’il n’en est pas capable, qui peut nous aider à donner cette écoute et cette parole à l’enfant. ?

Il y a un vide institutionnel, un rôle que ne joue pas la Psychiatrie adulte, quand elle refuse de prendre en compte l’existence de ces enfants, quand elle refuse d’écouter les familles de patients, et de considérer ces situations particulières ; nous avons besoin que les instances administratives, judiciaires et thérapeutiques, associent les grands-parents à leurs décisions, et au processus de soutien aux enfants de leur enfant qui est malade.

Il faut réclamer un lien entre la psychiatrie adulte et la pédopsychiatrie, sortir de ce cloisonnement pour que ces enfants ne soient plus « les enfants oubliés » ; « Les enfants oubliés, c’était le titre de la conférence internationale de l’EUFAMI, (fédération Européennes des associations de familles de personnes souffrant de maladies mentales » en 2009 à Vilnius à laquelle a participé une délégation des grands-parents de L’UNAFAM. Sa position a été de défendre la nécessité de prendre en compte l’exercice de la parentalité dans son contexte familial global. La déclaration de clôture de cette conférence, affirmait : « Les services pourraient se concentrer sur la famille entière incluant les parents, les enfants, mais aussi d’autres comme les grands-parents susceptibles d’assurer un rôle parental »

Malgré la complexité de ces rôles à tenir, je crois qu’il ne faut pas oublier de jouer celui du grand-parent ordinaire, celui qui transmet l’histoire, la culture familiale, les traditions, de façon à ancrer l’enfant dans un récit, qui ne soit pas que celui de la maladie, c’est ainsi donner aux petits enfants des racines.

Pour rejoindre le groupe Unafam Grands-Parents de Marseille: 06 43 84 67 22 ou 13@unafam.org