Réflexions sur la grand-parentalité

A la fois, soutenir un enfant malade et s’occuper du/des enfant(s) de celui-ci.

Sur ce sujet, voici un article paru dans Trait d’Union (Bulletin de la délégation 13 de l’Unafam) en Mai 2009.

 

Parentalité et grand-parentalité:

entre joies et inquiétudes.

Deux grands-mères de deux tout petits enfants témoignent de leur position singulière, car les mamans,

souffrant de troubles psychiques, ne peuvent pas complètement faire face à leurs nouvelles responsabilités.

Comment accompagner ces mamans, comment continuer à prendre soin d’elles en même temps?

La situation n’est pas simple; ces deux-grands-mères expliquent pourquoi .

 

 

Pourquoi existe-t-il un réseau de grands-parents à l’Unafam?

Devenir grands-parents, nous l’avons tous imaginé un jour … sauf que, en même temps que l’acceptation de la maladie psychique de notre enfant nous faisons souvent « le deuil de la descendance » pour celui-ci ; et pourtant, certains et certaines d’entre nous, vivent entre joies et inquiétudes la spécificité de voir leur enfant malade psychique devenir parent.

Depuis fin 2006, des familles vivant cette situation se rencontrent, et un Réseau informel d’Entraide Mutuelle de Grands- parents s’est structuré à l’UNAFAM.

Des groupes se sont constitués, en Ile de France, dans le Maine et Loire à Angers, dans le Gard à Nîmes, et d’autres grands- parents isolés sont en contact avec ce Réseau.

-Quelles sont donc les spécificités d’une telle situation?

A la naissance de ce petit enfant, nos enfants sont confrontés à de nouvelles difficultés, de nouvelles impossibilités, qu’elles soient reconnues, signalées ou pas par l’institution, et cela vient raviver ainsi bien des douleurs.

Plus que jamais, se pose à nous, d’avoir à prendre des décisions, y compris contre l’avis de notre enfant; nous sommes amenés à considérer qu’il puisse y avoir danger ou carence (psychique ou physique) pour le petit enfant, à être avec son parent, et nous sommes plus que jamais devant des choix difficiles.

Pour nous, il s’agit à la fois, de prendre en compte pleinement l’intérêt de l’enfant, de respecter le statut de parent de notre enfant malade, et de trouver notre « bonne place ».

Il nous faut envisager différemment, et préserver plus que jamais la relation avec notre enfant, mais aussi établir des relations éventuellement avec son conjoint, la belle famille, les soignants, le juge, les services sociaux, la famille d’accueil…et bien sûr, notre petit- enfant. Suivant les cas, se pose bien évidemment la question de la garde de l’enfant, de son éducation, et par là, de notre place à cet égard. Quelle place juridique auprès de ce petit-enfant pour nos compagnons, compagnes, quand nous ne vivons plus avec l’autre parent de notre enfant ?

-Qu’en est-il de la grossesse elle-même et de l’arrivée d’un bébé?

Les situations sont différentes, si nous sommes les parents d’un fils ou d’une fille souffrant de troubles psychiques.

Nos questions et nos craintes sont encore plus nombreuses, si nous sommes parents d’une fille : impact de la maladie sur la grossesse et vice versa, nécessité d’un suivi particulier de cette grossesse, risque important de décompensation à l’accouchement, impact des traitements neuroleptiques sur le développement du bébé, in utero, aujourd’hui et demain ? Il existe une grande disparité dans les prises de position des psychiatres soignant nos filles, entraînant une grande disparité dans le suivi de ces naissances à risque.

Quant à la paternité, elle est souvent incertaine : Qui est le père ? Le connaît-on ? Est-il lui-même malade ? Si oui, que sait-on de sa maladie ? De son traitement ? De sa réaction possible vis-à-vis de l’enfant ? Une vie de famille leur est-elle possible ?….

-Comment envisagez-vous l’avenir pour ces enfants?

Avec beaucoup de questions et d’appréhensions. Les conséquences de la confrontation à la maladie psychique sur leur développement, leurs futurs questionnements, leur droit de savoir  « la maladie », leur capacité à entendre, à comprendre. Eviter qu’ils ne « prennent trop sur eux », face aux difficultés de leur parent, et arriver à définir notre rôle, au mieux, sans oublier personne, ni notre enfant, ni notre petit enfant, ni le reste de l’entourage familial.

-Cette situation suppose donc que vous ne restiez pas isolés?

Il est évident que nous avons besoin d’être aidés, d’être informés, et formés. Que, en accédant à cette grand -parentalité, nous sommes désarmés, notamment sur le plan juridique. Que nous avons besoin de l’alliance thérapeutique avec non seulement les psychiatres qui soignent nos enfants, mais aussi avec les équipes de pédopsychiatrie, les psychologues, qui seront amenés à soutenir nos petits-enfants, et nous avons besoin de structures qui aident nos enfants dans leur parentalité.

-Quel devrait être sur ce sujet le rôle des acteurs de la santé mentale?

Nous avons besoin de toute la communauté qui est concernée par les problèmes de santé mentale, pour lever le tabou sur le droit à la sexualité et le désir d’enfant de nos enfants, pour que nos petits -enfants ne soient plus « les enfants oubliés ». Les progrès de la prise en charge psychiatrique peuvent permettre à nos enfants, de plus en plus, de vivre dans la cité, et donc, d’y vivre la vie « ordinaire ». Redonner aux patients psychiatriques leur place de citoyens implique que tous, se sentent concernés par l’éventualité de plus en plus fréquente de leur désir de donner la vie.

Nous avons aussi besoin que les campagnes de « destigmatisation » de la maladie psychique,

sensibilisent et informent les personnels des maternités, des pouponnières, des services de pédiatrie, des services de la justice, des services sociaux, des établissements scolaires, pour que nos enfants ne soient plus regardés comme forcément maltraitants. Nous devons dire qu’ils ont besoin d’être accompagnés, et non dévalorisés.

Nous avons besoin aussi de la considération de notre rôle naturel de grand- parent, même avec sa particularité, sans que la méfiance à l’égard des capacités de nos enfants, ne rejaillisse sur nous et mette en cause nos propres compétences.

Et nous avons besoin aussi, certainement, de la philosophie d’entraide mutuelle de l’UNAFAM.

 

Ghislaine Glaize, Martine Houlier

 

Pour contact avec le groupe de travail national du Réseau Grands-parents de L’UNAFAM :

Groupe grands-parents Unafam d’Ile de France:

 unafam92@orange.fr ou 09.62.37.87.29