Stigmatisation et médias: La Une de LaProvence 5/09/17

Le 5 septembre, nous avons découvert cette Une du journal LaProvence particulièrement choquante et violente par les mots choisis , l’image de la camisole une fois encore et tout le non-dit véhiculé par le sous-titre «Comment la société les gère»: non pas des personnes en situation de souffrance aiguë, mais des objets qui posent problème à la société tout entière et qui doivent être «gérées» (comme on le dit des déchets par exemple?) .


«C’est vraiment transgressif. On ne voit plus trop de unes comme ça. Avec la photo de la camisole…   abonde le sociologue Xavier Briffault. Ça correspond à l’ambiance générale autour de la psychologie des terroristes.»
En pages intérieures, on trouve en effet un dossier consacré au suivi des malades psychiatriques et à la «situation après les deux attaques survenues fin août à Marseille» . C’est donc uniquement parce qu’il y a eu des faits-divers que le quotidien s’est intéressé à la psychiatrie; situation que nous déplorons. A quand un dossier aussi important lors des Semaines d’Information sur la Santé Mentale (SISM) qui ont pour but de déstigmatiser la santé mentale?

Ci-dessous, trois des articles parus suite à cette Une qui a fait des remous!

 

La Croix

Maladies psychiques, la violence des stéréotypes

Mardi 5 septembre, le quotidien La Provence a publié à sa Une un titre évoquant les « barjots et les schizos », provoquant l’indignation très vive des associations.

Selon une étude récemment menée sur le traitement médiatique de la schizophrénie, la maladie est souvent évoquée à propos des faits divers ou pour dénoncer des comportements manipulateurs. Très loin de la réalité médicale

Le poids des mots… Et la violence des stéréotypes. Mardi 5 septembre, le quotidien La Provence a publié une enquête sur le manque de moyens dévolus au suivi des personnes atteintes de maladies psychiatriques. Un dossier complet et bien documenté mais annoncé à la une du journal avec un titre sidérant.

« Les barjots, les schizos et les autres… Comment la société les gère ». Ce titre, auquel n’ont pas contribué les auteurs du dossier (1), suscite une vive émotion dans les associations. « Il est stigmatisant et d’une violence terrible pour les familles et les personnes concernées », s’insurge Béatrice Borrel, présidente de l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam).

Le Syndicat national des journalistes (SNJ) de La Provence a indiqué réprouver « avec la plus grande fermeté l’usage de ces titres faussement racoleurs et insultants vis-à-vis de personnes en souffrance ».

Lutter contre la stigmatisation

Un message qui mettra peut-être un peu de baume au cœur de Fabienne Blain, membre fondatrice de l’association Promesses, qui réunit des familles et des personnes touchées par la schizophrénie. « Je suis atterrée par ce titre qui désigne à la vindicte publique des personnes en souffrance. Et véhicule des stéréotypes sur la supposée dangerosité des malades psychiques », explique-t-elle.

Cela fait plusieurs années que cette association se bat contre la stigmatisation. C’est avec cet objectif qu’elle a mené en 2015 une étude sur « l’image de la schizophrénie à travers son traitement médiatique ».

Conduite par l’Observatoire de la société et de la consommation (Obosco), cette enquête a consisté à décortiquer tous les usages des mots « schizophrénie » ou « schizophrènes » dans quatre quotidiens nationaux – dont La Croix –, trois hebdomadaires et la presse régionale.

La construction d’une « image du monstre »

La façon dont les journaux parlent de la maladie n’est en effet pas anodine. « Le corpus médiatique, en tant que reflet et influenceur de l’opinion publique, tient un rôle structurant dans l’acceptation et l’intégration sociale de la pathologie », souligne l’étude.

Premier constat : nombre d’articles évoquent la schizophrénie à l’occasion de faits divers. « L’analyse du contenu des articles judiciaires montre la construction assez systématique d’une image du monstre, ou comment la violence d’un meurtrier se confond avec une caractéristique supposée de la schizophrénie », indique l’étude, en rappelant que seulement 0,2 % des crimes sont commis par des personnes atteintes de schizophrénie.

Très souvent, le terme « schizophrénie » est utilisé dans un sens métaphorique pour évoquer la contradiction, l’ambivalence ou une personne tenant un double discours. Cela est particulièrement fréquent dans les rubriques politiques. L’étude relève par exemple un article consacré à François Hollande quand il était à l’Élysée.

Un trouble neuronal sévère, subi

« François Hollande refuse d’acter son décès. Il préfère ravauder comme il l’a toujours fait, au point d’endosser d’improbables mutations. Schizophrénique ? Non, tactique ! ». Dans ce cas, la référence à la maladie ne renvoie pas à la dangerosité mais revient, selon l’étude, à introduire l’idée d’un soupçon sur « l’apparence de la schizophrénie qui masquerait un projet tactique ».

Ce qui, là encore, n’est pas sans conséquence. « Dire qu’un État ou un homme politique est schizophrène ou schizophrénique introduit toujours l’idée d’un doute sur le comportement constaté (…). Le portrait social de la schizophrénie s’en trouve d’autant plus déformé puisque cela laisse à penser qu’il y aurait peut-être, dans le fond, une possibilité de contrôle de la part de la personne qualifiée de schizophrène. Ce qui est une contre-vérité absolue par rapport à la réalité (…) d’un trouble neuronal sévère, subi, dont la personne atteinte n’a aucune maîtrise », indique l’étude.

Selon Fabienne Blain, ce traitement médiatique revient au final à construire « l’image d’un manipulateur qui ruse et s’adapte en toutes circonstances. Pour aucune autre maladie, on oserait faire des titres comme celui de La Provence ».

Pierre Bienvault

 

Libération : “Barjots”, “schizos”… les malades psychiatriques toujours stigmatisés

le 8 septembre 2017

Dans son édition de mardi, le quotidien «la Provence» s’interrogeait sur la façon dont la société «gère» «les barjots, les schizos et les autres». Un titre offensant, qui n’est que le dernier en date d’une longue série. 

«Comment la société les gère : les barjots, les schizos et les autres…»  Céline Letailleur a découvert le titre qui barrait la une de la Provence  de mardi lors d’une réunion de groupe du Cofor, un centre de formation au rétablissement pour des personnes souffrant de troubles psychiatriques. Elle-même atteinte de troubles psychiques, elle est chargée des actions participatives au sein de l’établissement. «Quelqu’un l’a ramené. On était vraiment atterrés. Dans ce genre de cas, les personnes concernées ressentent vraiment le stigmate. Le problème, c’est qu’on est habitués. Mais là, c’était particulièrement violent» , raconte-elle.

«C’est vraiment transgressif. On ne voit plus trop de unes comme ça. Avec la photo de la camisole…  abonde le sociologue Xavier Briffault. Ça correspond à l’ambiance générale autour de la psychologie des terroristes.» La Provence , en effet, s’intéresse dans un même dossier au suivi des malades psychiatriques et à la «situation après les deux attaques survenues fin août à Marseille» . Une association qui fait écho aux récentes déclarations de Gérard Collomb. Au lendemain des attentats de Barcelone, le ministre de l’Intérieur a cru bon d’assurer que le gouvernement entendait «mobiliser l’ensemble des hôpitaux psychiatriques [et] des psychiatres libéraux, de manière à essayer de parer à cette menace terroriste individuelle». Psychiatres comme experts du terrorisme jihadiste s’accordent pourtant à dire que l’amalgame entre radicalisation et maladies mentales est infondé, même si la composante psychologique ne peut être négligée. «Encore un politique qui aurait mieux fait de se taire, s’agace Béatrice Borrel, présidente de l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam). Les schizophrènes, par exemple, sont justement incapables de planifier, d’organiser, c’est l’un des symptômes. Mais dans le climat actuel, les malades mentaux deviennent des boucs émissaires.»

La crainte d’une «sorte de chasse au fou»

«Ça génère une ambiance un peu délétère alors que les représentations ont changé. Dans l’opinion, on sait aujourd’hui qu’on ne dit pas “un schizo” mais “une personne présentant des troubles schizophréniques”, par exemple. L’idée que ce sont des troubles médicaux comme les autres, que la dépression est une maladie chronique comme le diabète, ça prend dans le grand public» , juge Xavier Briffault. L’apparition du terme «psychophobie», asséné par les associations de malades et de proches quand médias ou politiques utilisent des représentations caricaturales et stigmatisantes, atteste en effet d’une prise de conscience. «Mais dès qu’il y a un climat de tension, c’est facile d’utiliser des termes stigmatisants pour désigner des responsables. Cette une dit quelque chose d’une sorte de craquage collectif. Ça pourrait signer le retour d’une sorte de chasse au fou» , s’inquiète le chercheur. «Ça montre que la santé mentale reste perçue comme quelque chose à part dont on peut se servir pour vendre , juge de son côté Aude Caria, directrice du Psycom, organisme public d’information, de communication et de formation sur la santé mentale. Dans les médias, le sujet est souvent utilisé pour générer de la peur ou de la compassion alors que c’est une question de santé publique, un quart des Français sont concernés.»

Certains médias, il est vrai, n’ont pas attendu Gérard Collomb pour user de représentations erronées. En juillet par exemple, Fort Boyard a eu l’idée de mettre en place une épreuve nommée «l’asile», dans laquelle un candidat, dans une chambre capitonnée, serré dans une camisole, devait se libérer. Le tout assorti de cris de malades imaginaires voisins en fond sonore. L’Unafam, qui avait porté plainte pour injures publiques et discriminations, s’interrogeait alors dans une lettre à Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions : «Oserait-on monter une attraction sur le thème d’une autre maladie (sida, cancer, sclérose en plaques…) ?» Dans le domaine de la caricature, quelques politiques se sont également illustrés. Il y a eu Hervé Morin qualifiant Jérôme Cahuzac de «schizophrène»  durant l’affaire qui porte le nom de l’ancien ministre, mais aussi le «Je ne suis pas autiste» asséné par François Fillon sur le plateau de France 2 durant la campagne. Sous-entendu : «je comprends ce qui m’arrive, je regarde autour de moi».

«On oublie qu’on parle de personnes en souffrance»

«Ça montre une réelle méconnaissance , explique Béatrice Borrel, de l’Unafam. Cet été, la défense d’Alexia Laroche-Joubert concernant Fort Boyard, c’était : les camisoles et les cellules d’isolement, ça n’existe plus. C’est faux. Et même, entrer dans un hôpital sans savoir quand on en sort, vous imaginez ? On oublie qu’on parle de personnes en souffrance.» De la même façon, on assimile souvent, à tort, maladies mentales et violences. Une étude menée aux Etats-Unis montre ainsi que, dans les fictions américaines, 72,1% des personnages atteints de maladies mentales en blessaient ou en tuaient d’autres. En réalité, 97% des actes violents commis le sont par des personnes qui ne souffrent pas de maladie mentale. «On n’assimile pas tous les hommes à des bourreaux parce qu’il y a un meurtre conjugal tous les trois jours» , s’agace la présidente de l’Unafam, qui rappelle que les malades sont plus souvent violentés que violents. «On a l’impression que ce sont des gens qui se laissent aller et que ça concerne les faibles» , complète Jean-François Marmion, journaliste et psychologue.

On se permet donc de moquer le «fou». «Utiliser des noms de maladie comme des insultes est très vieux. A l’origine, être “idiot” est une maladie. Dès le XIXe siècle, on faisait des numéros de music-hall, des albums photos avec des femmes diagnostiquées hystériques» , explique-t-il. Bien avant le music-hall, «les personnes souffrant de troubles mentaux ont été désignées comme habitées par les démons dans la Bible et brûlées comme sorcières au Moyen Age» , rappelle la Revue médicale suisse .

«On se dit que ce n’est pas seulement biologique»

«Aujourd’hui, la compréhension a avancé chez les professionnels mais pas forcément auprès du grand public. Or on rit aussi de ce qu’on ne connaît pas, parce que ça nous semble incompréhensible» , analyse Jean-François Marmion. Et ça tombe bien, puisque la maladie «paraît être uniquement dans leur tête» , on se sent moins honteux d’en sourire. «On se dit que ce n’est pas seulement biologique , selon le sociologue Nicolas Henckes. La dépression, par exemple, est difficile à délimiter et pose la question : qu’est ce qu’une pathologie ?» On aurait donc tendance à se dire qu’après tout, c’est un peu leur faute. D’après une étude parue en 2009, près de 70% des Français pensent d’ailleurs que les maladies mentales «ne sont pas comme les autres maladies» .

«Il y a un travail à faire pour sensibiliser les journalistes qui ont les mêmes stéréotypes que l’ensemble de la population» , juge Aude Caria, du Psycom. D’autant plus que cette stigmatisation est l’un des plus gros facteurs de retard d’accès aux soins. Elle rend l’acceptation du diagnostic bien plus difficile. Or, comme le rappelle Béatrice Borrel, plus tôt la maladie est traitée, plus grandes sont les chances de rétablissement.

En attendant que les mentalités évoluent, le Japon a pris une décision plus radicale : la schizophrénie y a changé de nom, celui-ci circulant dans le langage courant entaché de représentations négatives. Une avancée, ou le signe d’un découragement.

Source Libération

 

Mediapart 15 Septembre 2017

Franz-Olivier Giesbert désavoué par les journalistes de «La Provence»

15 septembre 2017 Par Laurent Mauduit

Franz-Olivier Giesbert, qui a été porté à la tête de La Provence par Bernard Tapie, vient de subir un camouflet par la rédaction : 74 journalistes lui ont signifié, par un vote électronique, qu’il n’avait pas leur confiance.

Le hiérarque du journalisme parisien Franz-Olivier Giesbert, que Bernard Tapie a installé à la tête de la rédaction du journal, est en butte à une hostilité croissante de la part de l’équipe. À travers un vote électronique organisé par la section du Syndicat national des journalistes (SNJ), 74 employés de la rédaction provençale viennent ainsi de lui signifier qu’il n’avait pas leur confiance.

C’est au début du mois de juin dernier que l’ancien directeur de la rédaction du Nouvel Observateur et du Figaro, et aussi ancien directeur du Point, est arrivé à Marseille à la demande de Bernard Tapie, sans que l’on sache précisément son statut au sein du journal. Officiellement, il a été installé comme directeur éditorial chargé des projets

Les foucades et provocations de Franz-Olivier Giesbert ont, au fil des semaines, de plus en plus exaspéré la rédaction, car elles ont contribué à ternir l’image du journal.

(…)

Une bonne partie de l’été, des embardées interviennent, plus ou moins graves. Mais finalement, c’est une ultime intervention de Franz-Olivier Giesbert qui va constituer la petite goutte faisant déborder le vase. Le mardi 5 septembre, le journal publie une enquête sur le manque de moyens dévolus au suivi des personnes atteintes de maladies psychiatriques. L’enquête est fouillée mais elle est annoncée en « manchette » du journal par un titre sidérant, imposé par Franz-Olivier Giesbert, et sans que les auteurs de l’enquête ne l’approuvent : « Les barjots, les schizos et les autres… Comment la société les gère. »

Aussitôt, les journalistes de La Provence sont mortifiés de constater que leur journal est, à bon droit, violemment pris à partie sur les réseaux sociaux. Et les autres médias s’indignent aussi d’un titre aussi racoleur et offensant pour les malades. Europe 1 y consacre une émission  ; Libération s’attarde aussi sur l’affaire, avec un titre qui résume son point de vue : « Les malades psychiatriques toujours stigmatisés ». Et même La Croix s’y met : « Ce titre, auquel n’ont pas contribué les auteurs du dossier, suscite une vive émotion dans les associations. “Il est stigmatisant et d’une violence terrible pour les familles et les personnes concernées”, s’insurge Béatrice Borrel, présidente de l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam). Le Syndicat national des journalistes (SNJ) de La Provence a indiqué réprouver “avec la plus grande fermeté l’usage de ces titres faussement racoleurs et insultants vis-à-vis de personnes en souffrance”. »

Pour finir, le vendredi 8 septembre, Franz-Olivier revient sur l’affaire dans un éditorial (ci-contre) et fait mine de dire que son intention n’était pas de « blesser des personnes en souffrance ». Mais il le fait d’une manière qui exaspère toute la rédaction. D’abord, au lieu de dire « je », il utilise un « nous » qui semble associer toute l’équipe à ce titre offensant. Et surtout, dans l’éditorial, il ne regrette rien : « Comme Coca-Cola et la chaîne McDonald’s, le politiquement correct nous vient des États-Unis où il a commencé à sévir au siècle dernier, quand est apparu un langage policé et conforme qui avait pour objet de ne jamais choquer personne. Une sorte d’autocensure molle. La langue de bois, version française, est une enfilade d’euphémismes et de formules creuses où, pour ne pas dire les choses, la bien-pensance scande régulièrement ses slogans : “Il ne faut pas stigmatiser… Pas d’amalgame.” Le devoir d’un journal est de résister. À tout, aux pressions politiques, économiques, mais aussi aux dénis, à la peur de dire, à l’affadissement de la pensée. »

Informé du contenu de l’éditorial avant sa parution, les élus du Syndicat national des journalistes s’indignent que la rédaction soit ainsi associée à une titraille racoleuse, dont elle n’est en rien responsable, et demandent à Franz-Olivier Giesbert d’amender en conséquence ce qu’il a écrit. Ce que ce dernier refuse de faire, corrigeant son éditorial, mais seulement à la marge.

Toute la fin de semaine, le climat est donc électrique au sein du journal. Et pour finir, mardi 12 septembre, Franz-Olivier Giesbert accepte de recevoir une délégation des élus du personnel emmenés par le SNJ. Mais cela ne donne rien : la rencontre est totalement improductive. Dès que les journalistes sortent du rendez-vous, un échange spontané s’engage entre les membres de la rédaction présents, et la décision est prise d’adresser par mail à toute l’équipe, y compris les journalistes dans les bureaux de la région, pour leur poser la « question de confiance » : « Avez-vous encore confiance en Franz-Olivier Giesbert ? »

Le mail est ainsi rédigé : « La rencontre de ce soir avec Franz-Olivier Giesbert (…) n’a rien changé : celui-ci persiste et signe. Bilan de ses 100 jours de présence : des positions sur la réforme territoriale qui flirtent avec les politiciens locaux, une “Une” sur les boues rouges totalement hors sujet, un éditorial qui dénonce le travail de la justice dans des affaires marseillaises… Et un titre, “Les barjots, les schizos et les autres…”, qui nous vaut d’être conspués dans la presse et sur les réseaux sociaux, d’être la cible de droits de réponse et de pétitions… et honteux de travailler à La Provence. Ce titre, il ne veut pas l’assumer seul : malgré l’intervention du SNJ avant parution, il n’a quasiment pas modifié l’éditorial dans lequel il se justifiait en s’adossant à l’ensemble de la rédaction. »

Conclusion du texte : « Vos représentants du Syndicat national des journalistes et de nombreux journalistes de la rédaction disent stop. Le principe d’une consultation a été voté à la majorité des journalistes présents hier soir sur le plateau marseillais. Nous vous posons une question simple : avez-vous encore confiance en Franz-Olivier Giesbert ? Exprimez votre avis par oui ou par non avant jeudi 16h sur l’adresse mail que nous avons créée spécialement pour cette consultation (…). Nous vous garantissons l’anonymat de votre courriel, qui en aucun cas ne pourra être transmis à la direction, et vous informerons des suites. »

Mis en cause, Franz-Olivier Giesbert ne tarde pas à répliquer. Dans un mail à l’équipe , il conteste la plupart des critiques du syndicat de journalistes.

Il n’empêche ! De mardi à jeudi, le vote électronique a pourtant lieu. Et ses organisateurs peuvent en publier quelque temps plus tard les résultats, agrémentés des enseignements qu’ils en tirent : « La consultation éclair, initiée mardi soir par une partie de la rédaction et relayée par le SNJ, a pris fin aujourd’hui à 16 h. À la question posée : “Avez-vous encore confiance en Franz-Olivier Giesbert ?”, 87 journalistes se sont exprimés. 6 ont voté “oui”, 7 bulletins sont blancs et 74 ont voté “non”, soit 85 % des suffrages exprimés. La rédaction a ainsi envoyé un message d’alerte, un signal fort pour que cessent les dérapages et dérives de M. Giesbert, déjà dénoncés à plusieurs reprises. Par ailleurs, qu’ils aient pris part au vote ou pas, de nombreux journalistes alertent sur la notion essentielle de responsabilité, individuelle et collective, de toute la hiérarchie lorsqu’elle prend des décisions éditoriales engageant l’image, la réputation et la crédibilité de notre titre. Et se disent satisfaits de voir ce débat s’ouvrir enfin. Cet appel à davantage d’écoute et de respect sera-t-il entendu ? »